A Ivry, la municipalité exproprie ses commerçants

Le Centre commercial Jeanne Hachette d’Ivry tombe en ruines. La municipalité y voit une aubaine, et compte faire main basse sur ces milliers de mètres carrés de locaux commerciaux. Quitte à exproprier de force les commerçants encore présents.

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Yves Chiche est à bout, mais il ne lâchera rien. Pourtant la municipalité est prête à tout pour s’approprier le centre commercial Jeanne Hachette, quitte à harceler les derniers occupants des lieux. “J’ai reçu un courrier m’informant que je devais payer 32 000€ d’amende pour des produits mal étiquetés dans ma vitrine” raconte le commerçant. Située au premier étage de Jeanne Hachette, mastodonte de béton trônant en plein coeur d’Ivry, sa boutique est l’une des dernières encore ouvertes. Les commerçants sont désespérés, poussés à partir par une municipalité qui voit l’opportunité de récupérer à bas prix des centaines de locaux commerciaux. Pour la suite, le flou est total. La mairie n’a que l’ébauche d’un projet de cité administrative auquel les occupants actuels n’ont pas été associés.

Dans les galeries autrefois animées, l’odeur d’urine est intenable. Ici passent chaque jour les élèves de l’Institut Art et Métier qui forme de futurs peintres de fresques murales. Pour les enseignants, la situation est invivable. “On s’est installé ici il y a presque vingt ans, raconte l’un d’eux, et à l’époque, c’était encore correct” raconte une professeure. Depuis, Jeanne Hachette vit une longue descente aux enfers. Les clients ont fui vers le centre commercial voisin, et les commerçants peinent à se maintenir.”“On se retrouve isolé, et évidemment, la municipalité ne fait rien, ça l’arrange !” enrage cette professeur de peinture.

Il y a deux ans, la porte d’accès à l’Institut, pourtant sécurisée par un interphone, est fracturée. “Les escaliers qui mènent à nos bureaux étaient squattés en permanence par des dealers, des SDF et des gens qui venaient uriner chez nous” se souvient une autre. “La mairie n’a rien fait. On nous a fait poireauter pendant plus d’un an !” Au bout d’un an, les services de la ville interviennent finalement. Mais le travail de réparation, bâclé, ne change rien. La porte est toujours béante. Un signe clair pour l’Institut que l’on cherche à les pousser à bout pour qu’ils partent.

 

Visite virtuelle du centre Jeanne Hachette, en pleine journée.

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“Plutôt crever que de laisser mon local”

Quelques mois plus tard, l’Institut veut déménager. La rentrée 2013 est catastrophique avec un tiers d’élèves en moins. Une promesse de vente est signée avec un particulier, mais la mairie envoie une lettre informant la direction de l’école de sa volonté d’acheter le local. Problème, la municipalité offre environ 80 000€ pour une centaine de mètres carrés. Le tiers du prix de vente. “Quand on a lu ça, on était désespéré”. Le refus notifié, un nouveau recommandé informe les propriétaires des lieux que c’est désormais devant le juge que se règlera l’affaire, la ville d’Ivry ne lâchera pas.

Un étage au dessous de l’atelier d’art, Yves Chiche regarde passer le temps derrière son comptoir. Il résiste depuis trois ans aux injonctions de la mairie le sommant de vendre son commerce. La sanction tombe en mars 2012 avec cette amende abusive. L’amende n’est pas adressée à Yves Chiche, le locataire du commerce, mais en son nom propre. Le coup est bas. Insurmontable pour une boutique qui ne voit que cinq ou six clients passer la porte chaque jour. Depuis, cet Ivryen “de naissance” se bat pour faire échelonner le paiement du montant de l’amende. Il attend maintenant son passage devant un juge pour voir l’amende annulée. “C’est abusif, dégueulasse, et s’ils croient m’avoir comme ça, ils se fourrent le doigt dans l’oeil” s’emporte le commerçant qui préfère “crever de faim plutôt que de leur laisser” son local.

Du côté de la majorité communiste, les réactions se font attendre. Injoignable à ce sujet, les responsables en place devront pourtant répondre alors que Pierre Gosnat (PC) vient d’être réélu pour un quatrième mandat consécutif.

 

Paul Aveline

 

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