Itinéraire d’un professeur pas comme les autres

Après seize ans passés dans le privé catholique et une conversion à l’islam plus tard, Eric Dufour enseigne le français au lycée privé musulman Averroès de Lille. Retour sur le parcours d’un professeur atypique.

 IMG_8989Eric Dufour, professeur de français au lycée Averroès (Crédit photo : Clémence Leleu)

Je suis un habitué des médias et puis je connais le milieu, j’ai été journaliste il y a des années de ça ” En quelques mots on comprend vite qu’Eric Dufour a eu mille vies en une. Originaire de Lille, après une maîtrise en lettres, il se lance dans le journalisme en travaillant pour divers journaux régionaux comme la Voix du Nord. Il s’envole quelques années plus tard pour l’Afrique où il enseigne à Djibouti. De retour en France, il poursuit dans l’enseignement au lycée privé catholique de Bondues, ville huppée de la banlieue Lilloise où il enseignera pendant seize ans.

Converti il y a une dizaine d’années à la religion musulmane Eric Dufour suit du coin de l’oeil l’ouverture du lycée Averroès dans les quartiers sud de Lille en 2004 et postule trois ans plus tard pour le remplacement d’une professeur tombée malade “par défi et par lassitude aussi, après seize ans dans le même établissement j’avais envie de voir autre chose” lance le professeur.

Il donne alors un coup de main en effectuant des remplacements tout en conservant son poste à Bondues. Et en 2008, lorsque l’école passe sous contrat avec l’Etat, il postule en tant que titulaire, “mais ça n’a pas été facile, mon ancien chef d’établissement ne voulait pas me laisser partir” explique-t-il dans un sourire. Pour ses anciens collègues, son départ pour Averroès n’a ni été une surprise, ni vu d’un mauvais oeil, “ils étaient au courant de ma conversion, et mon départ du privé catholique pour le privé musulman n’a pas suscité de commérages. Les gens connaissent les valeurs qui sont les miennes.” explique le professeur à l’air bonhomme, fines lunettes posées sur le nez et sacoche de cuir toujours à portée de main.

Rétablir un peu de justice

Eric Dufour est professeur de français et suit à la lettre le programme de l’Education nationale, “si j’étais dans le public je ferai exactement les mêmes cours. Rien ne m’est interdit, c’était une des conditions de mon recrutement.” Le professeur est également le responsable pédagogique des classes de seconde et première et s’attache à développer un peu plus les activités culturelles dans le lycée, “j’ai fait ouvrir la filière littéraire, qui n’est pas vraiment une tradition dans la communauté. Et puis nous avons également mis en place un partenariat théatre.

Pour lui, Averroès est un lycée comme les autres “on remarque juste peut-être un plus grand engagement de la communauté éducative et des élèves. La religion musulmane a impact sur la soif de connaissance et la motivation des lycéens, il y a une obligation dans le Coran d’être curieux.” Eric Dufour ne compte pas ses heures et passe le plus clair de son temps dans l’enceinte du lycée “parfois nous travaillons jusqu’à minuit. Avec les élèves, on commande des pizzas et on étudie. Pareil pendant les vacances, on organise des groupes de travail. Averroès c’est une grande famille.

La création de ce lycée permet pour lui de “rétablir un peu de justice” dans le paysage éducatif français, “ l’islam est la deuxième religion de France et il y a encore une dizaine d’années il n’y avait aucun établissement musulman dans notre pays. Il y a une forte demande dans la communauté, on ne peut plus faire comme si nous n’existions pas désormais” lâche Eric Dufour, fervent militant pour la construction de nouvelles écoles musulmanes sur le territoire. Pourtant, ces lycées sont encore parfois mal vus, même au sein de la communauté musulmane. “Il y a un réel climat d’islamophobie en France. Par conséquent les établissements en pâtissent, il y en a toujours qui pensent qu’on enseigne d’autres choses que le programme scolaire mais ils ne savent même pas de quoi ils parlent puisqu’ils n’ont jamais mis les pieds dans mon établissement, ils créent un mythe de toutes pièces!” martèle l’enseignant.

Mais son tempérament calme reprend le dessus en quelques secondes, “l’échéance la plus importante pour le moment c’est le bac qui est dans deux mois. Ce sont les élèves qui sont au centre de nos préoccupations. Il faut donner le meilleur de nous même pour leur réussite.” Comme tous les professeurs, il espère que le cru 2014 permettra à son lycée de maintenir ses bons résultats. Ce qui permettrait de dissiper encore un peu plus le mystère qui entoure ces établissements.

Clémence Leleu

Advertisements
This entry was posted in Uncategorized and tagged , , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s